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En attendant la réaction des "socialistes"
In Var Matin du dimanche 7 novembre 2010
de Georges-Marc Benamou
« SOS chrétiens d'Orient
L'événement est passé presque inaperçu, tant la barbarie est quotidienne là-bas : dimanche dernier, à Bagdad, cinquante-deux personnes ont été assassinées durant l'office du dimanche, dans l'église Notre-Dame-du-Perpétuel-Secours. Un carnage, un carnage de plus. Mais cette fois, un carnage à la symbolique bien particulière. Ces Irakiens ont été tués car ils étaient chrétiens. Pour le mouvement terroriste al-Qaïda auteur cet attentat, le message est clair, et la croisade engagée. Il s'agit de « purifier » la terre d'islam de tous les infidèles, des Israéliens bien sûr, mais aussi de cette vieille civilisation chrétienne d'Orient, qui s'est développée loin de l'empire romain. Les Chaldéens, les maronites, les Syriens-orthodoxes, les Syriens-catholiques, et tant et tant d'autres variétés de cette riche famille des chrétiens d'Orient. Le déclin de ces chrétiens d'Orient est ancien, historique, cyclique, ils seraient aujourd'hui dix millions, mais depuis des années leur exode est massif. Ainsi, le nombre des chrétiens d'Irak - les plus touchés et présents depuis deux mille ans - est passé, en un demi-siècle, de 20 % à 3 % de la population ! Dans la plupart des pays arabes, ce sont des vexations administratives, des persécutions quotidiennes, un statut de citoyens de seconde zone; au Liban, une concurrence démographique où les maronites, et autres chrétiens, se sont retrouvés dépossédés de leur paix au profit du Hezbollah, cette importation iranienne; en Egypte, une marginalisation de la minorité copte, menée notamment par les Frères musulmans; et plus récemment, d'inattendues et gravissimes persécutions en Algérie. Il y a quelques semaines, deux hommes ont comparu à Aïn-el-Hamman, en Kabylie, pour avoir mangé à midi le 12 août dernier au deuxième jour du ramadan. Ils risquent trois ans de prison... Le mouvement s'amplifie tragiquement, se répand même dans les pays les plus « tolérants ». Cette fois, al-Qaïda voudrait accélérer ce processus. Le rendre irréversible. Eradiquer toute trace de ces antiques « infidèles ».
Le Vatican s'est mobilisé récemment, avec un synode consacré au sort des chrétiens d'Orient. Mais il est bien seul. Les diplomates occidentaux genre Kouchner se contentent de vagues protestations et, pour soulager leurs consciences, de délivrer des visas à ces persécutés. Les médias de masse s'en désintéressent, et la plupart des intellectuels aussi, la cause n'étant peut-être pas assez glamour. Pourtant, la survie des chrétiens d'Orient est un enjeu de civilisation : la disparition d'une histoire vieille comme Jésus marquerait la fin du pluralisme dans ces terres où sont nés les trois monothéismes. Allons nous laisser faire? Allons-nous continuer à considérer comme normal de bâtir des mosquées en Occident, et de voir détruire des églises ou des temples là-bas, dans notre plus grande indifférence? Laisser faire, accepter l'éradication de cette grande tradition des chrétiens d'Orient, ce serait pour l'Europe une erreur politique, sociale et historique majeure. Je m'étonne que l'on ne s'en émeuve pas plus parmi les maîtres du monde, et que l'on n'ait pas encore inscrit cette affaire grave au menu de quelque prochain G20. D'autant que, comme l'écrit le grand journaliste des religions Henry Tinq (slate.fr), citant l'historien Henry Laurens, « les chrétiens ont été les catalyseurs de la modernité arabe. Et ils sont d'autant plus chez eux en terre d'islam qu'ils sont antérieurs à l'islam ».
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