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Publié par Casanova

Suite de l'article 833.

 

L'esclavage arabe en 1927

 

NOTES DE LECTURE

 

Extrait de « Lettres à sa mère », lettre 89 du 24 juillet 1927.
 

 

Saint Exupéry a 27 ans et est chef d'aéroplace à Cap Juby, au Sud Maroc. Il écrit :
« Je vais bien. La vie est peu compliquée et peu fertile en récits. Pourtant çà prend un peu d'animation parce que les Maures [Arabes] d'ici craignent une attaque d'autres tribus Maures et que l'on se prépare à la guerre. [...] Çà se terminera comme toutes ces grandes manifestations Maures, par le vol de quatre chameaux et de trois femmes.

 

Nous employons comme manœuvres des Maures et un esclave. Ce malheureux est un Noir volé il y a quatre ans à Marrakech où il a sa femme et ses enfants. Ici l'esclavage étant toléré il travaille pour le compte du Maure qui l'a acheté et lui remet sa paie chaque semaine. Quand il sera trop fatigué pour travailler, on le laissera mourir, c'est la coutume. Comme c'est dissident*, les Espagnols [ à l'époque les espagnols contrôlaient le secteur] n'y peuvent rien. Je l'embarquerais bien en fraude sur un avion pour Agadir mais nous nous ferions tous assassiner. Il vaut 2000 francs. Si vous connaissez quelqu'un que révolterait cette situation et qui me les enverrait, je le rachèterais** et l'expédierais vers sa femme et ses enfants. »


* il s'agit de territoires qui ne sont pas sous administration espagnole.
** Il parvint à rassembler la somme, racheta l'esclave et assura son rapatriement dans sa famille.

Saint Exupéry parle également de l'esclavage dans cette région dans un passage de « Terre des Hommes », chap 6, séq 6.
 

 

« Parfois l'esclave noir, s'accroupissant devant la porte, goûte le vent du soir. Dans ce corps, pesant de captif, les souvenirs ne remontent plus. A peine se souvient-il de l'heure du rapt, de ces coups, de ces cris, de ces bras d'homme qui l'ont renversé dans sa nuit présente (…) Un jour pourtant, on le délivrera. Quand il sera trop vieux pour valoir ou sa nourriture ou ses vêtements, on lui accordera une liberté démesurée. Pendant trois jours, il se proposera en vain de tente en tente, chaque jour plus faible, et vers la fin du troisième jour, toujours sagement, il se couchera sur le sable. J'en ai vu ainsi à Juby [Cap Juby, sud maroc], mourir nus. Les Maures coudoyaient leur longue agonie, mais sans cruauté, et les petits des Maures jouaient près de l'épave sombre, et, à chaque aube, couraient voir si elle remuait encore, mais sans rire du vieux serviteur. Cela était dans l'ordre naturel (…) Il se mêlait peu à peu à la terre. Séché par le soleil et reçu par la terre. »

 

 

à suivre.

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